Pourquoi Donald Trump veut une guerre courte contre l’Iran ?
Élu derrière le slogan “Make America Great Again”, Donald Trump avait promis à sa base électorale de faire passer l’Amérique en premier, décriant l’interventionnisme de ses prédécesseurs. Le président américain n’a pourtant jamais si bien porté la casquette de chef de guerre et n’exclut pas l’envoi de troupes au sol en Iran, où il vient de lancer l’opération “Fureur épique”.
En 2019, Donald Trump estimait qu’intervenir militairement au Moyen-Orient était “la pire décision jamais prise” par les États-Unis, et donc par ses prédécesseurs. Dans la nuit du 27 au 28 février pourtant, le président américain annonçait le déclenchement de l’opération “Fureur épique” contre l’Iran, en collaboration avec son allié israélien. Au quatrième jour de guerre, Téhéran poursuit sa riposte en ciblant des sites liés aux États-Unis dans le Golfe, et Israël continue de bombarder “simultanément” l’Iran et le Liban.
Le locataire de la Maison Blanche “avait pourtant promis lors de sa dernière campagne électorale qu’il n’engagerait pas son armée sur des théâtres lointains”, rappelle Frédérique Sandretto, professeur de civilisation américaine à Sciences Po, dans un article publié sur The Conversation. Et en 2024, il déclarait même: “Je ne veux plus voir de guerres”.

“C’est un choc aux États-Unis, où règne un sentiment de trahison”, affirme Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Donald Trump “avait toujours promis de ne pas être un président va-t-en-guerre et c’était le cas jusqu’ici”, explique-t-il, citant par exemple les bombardements en Iran en juin dernier ou l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro. “Si ces interventions ne respectaient pas le droit international, elles n’avaient pas entraîné de morts états-uniens”, poursuit le spécialiste, “donc les MAGA (“Make America Great Again”, les soutiens d’extrême droite de Donald Trump) applaudissaient des deux mains”.
“Là, c’est une autre dimension, on n’est pas sur des bombardements chirurgicaux”, note Romuald Sciora. Depuis le début des hostilités ce week-end, six militaires de l’armée américaine ont été tués au Moyen-Orient.
Selon un sondage de l’Ipsos pour Reuters, 43% des Américains désapprouvent les frappes américaines sur l’Iran, et 56% estiment que Donald Trump est trop enclin à utiliser la force militaire. “Totalement inutile”
Les spécialistes observent une véritable incompréhension des Américains depuis quelques jours. “La controverse est renforcée par l’absence perçue d’une menace immédiate justifiant une action préventive, ce qui alimente l’idée d’une guerre de choix plutôt que d’une guerre de nécessité”, explique à cet égard Frédérique Sandretto.
Longtemps figure du mouvement MAGA, Marjorie Taylor Greene a dénoncé les frappes et a condamné le “mensonge” selon lequel l’Iran était sur le point d’obtenir des armes nucléaires. “On a l’impression que c’est la pire trahison cette fois parce qu’elle vient du même homme et du même gouvernement dont on croyait tous qu’ils étaient différents et disaient ‘ça suffit'”, a-t-elle déploré dans un long message sur X. Pour Romuald Sciora, cette guerre est “totalement inutile pour les États-Unis”. Selon lui, Donald Trump s’est “enfermé dans un piège” en essayant à tout prix d’obtenir un accord sur le nucléaire avec les autorités iraniennes, notamment après l’échec des négociations en Ukraine, guerre qu’il souhaitait pourtant résoudre “en 24 heures”. “Pour obtenir ce deal, il a déployé l’armada la plus importante depuis 2003 dans la région, donc pour justifier cette flotte, il a voulu montrer ses muscles”, affirme Romuald Sciora.
Aucun des trois objectifs affichés par Donald Trump -renverser le régime iranien, empêcher le développement du nucléaire et arrêter le programme ballistique- ne semble suffisant pour justifier une entrée en guerre maintenant. “L’Iran ne menaçait pas du tout directement les États-Unis”, martèle ainsi Romuald Sciora.

“MAGA est mort”
Surtout, ces bombardements apparaissent aux yeux de ses plus fervents soutiens comme une trahison de la doctrine Trump, à savoir “l’Amérique d’abord”. L’influent podcasteur suprémaciste blanc américain Nick Fuentes a ainsi regretté dans une publication sur les réseaux sociaux que le chef de l’État ait retiré la police de l’immigration de Minneapolis et qu’il ait au même moment déployé des troupes vers l’Iran. “MAGA est mort”, estime-t-il.
En novembre, Donald Trump rejetait l’idée que ses partisans les plus fidèles puissent être en désaccord avec sa politique étrangère. “Je sais mieux que quiconque ce que veut le mouvement MAGA”, disait-il auprès de Fox News, assurant:
“Le mouvement MAGA aime tout ce que je fais”.
Vraiment? Dans un entretien accordé à ABC, Tucker Carlson, ancien soutien de taille de Donald Trump, a qualifié l’attaque de l’Iran “d’absolument répugnante et malveillante”, estimant qu’elle allait “profondément changer la donne” aux yeux de la base trumpiste. Une diversion face à des difficultés internes?
Face au risque d’une telle débâcle, pourquoi Donald Trump a-t-il pris cette décision d’attaquer l’Iran? Pour Frédérique Sandretto, cet embrasement militaire lui offre une échappatoire “face à une pression politique croissante liée aux révélations qui s’enchaînent dans l’affaire Epstein”. Des médias américains ont rapporté que le ministère de la Justice avait empêché la publication de documents liés à des accusations contre Donald Trump, selon lesquelles il aurait agressé sexuellement une mineure. Le spécialiste juge également que l’intervention en Iran peut aussi être une réaction à la “gifle” de la décision de la Cour suprême qui a estimé que le président américain n’avait pas le droit d’invoquer une loi pour imposer des droits de douane sans l’approbation du Congrès. “Il veut montrer qu’il est toujours ‘the boss’ et qu’il peut toujours faire trembler les autres pays”, analyse Romuald Sciora.

“Les Américains ne comprennent pas”
Si un changement de régime en Iran ou le risque nucléaire ne suffisent pas à justifier son intervention, Donald Trump tente plutôt de se poser en libérateur du peuple iranien opprimé. Le président américain s’est pris d’intérêts pour les récentes protestations de masse des Iraniens et présente “l’opération non comme une démonstration de force, mais comme une entreprise morale visant à ‘rendre la liberté'”, souligne Frédérique Sandretto.
“En se posant comme le défenseur d’une population étrangère contre le propre régime de celle-ci, il endosse un rôle de libérateur qui transcende les clivages partisans américains et mobilise un imaginaire politique puissant, fondé sur la promesse d’émancipation et de renouveau historique”, détaille-t-elle.
Problème, pour Romuald Sciora, Donald Trump “n’a pas fabriqué un ennemi suprême comme George Bush l’avait fait avec Saddam Hussein avec une préparation psychologique pendant deux ans”. “Là, les Américains ne comprennent pas”, estime-t-il. Tentant d’éteindre l’incendie, le secrétaire d’État Marco Rubio a quasiment accusé Israël ce lundi de les avoir entraînés dans la guerre. “Nous savions qu’il allait y avoir une attaque israélienne sur l’Iran, que ça allait déclencher une riposte iranienne contre les forces américaines (…). Si nous ne prenions pas les devants, nous allions subir des pertes bien plus lourdes. Et nous serions ici à nous demander pourquoi nous n’avons rien fait”, a-t-il déclaré.
Le risque de pertes humaines
“Les conflits extérieurs peuvent produire un effet de ralliement patriotique à court terme, mais ils deviennent rapidement coûteux électoralement lorsque les pertes humaines s’accumulent sans victoire décisive”, estime Frédérique Sandretto. Selon le sondage Ipsos, si la moitié des électeurs républicains disent toutefois approuver les frappes contre l’Iran, 42% déclarent qu’ils seraient moins enclins à les soutenir si elles entraînaient “la mort ou des blessures de soldats américains au Moyen-Orient”.
C’est pourquoi Donald Trump a tout intérêt à ce que ce conflit ne dure pas. “Ça créerait de l’instabilité en Iran et dans la région et ça augmenterait le risque de pertes militaires états-uniennes”, estime Romuald Sciora. Et Donald Trump sera là le seul comptable. Pourtant, le 47e président des États-Unis a pour l’heure refusé d’exclure l’envoi de troupes au sol en Iran. Une mesure pourtant particulièrement impopulaire aux Etats-Unis, marqués par les précédents en Irak et en Afghanistan. Et ces désaccords pourraient se payer dans les urnes dès les “midterms”, les élections à la Chambre des représentants prévu en novembre. “La perspective d’un nombre élevé de pertes constitue un facteur susceptible d’éroder le soutien à l’intervention et de fragiliser les candidats républicains dans les circonscriptions les plus disputées”, estime Frédérique Sandretto.

Un besoin de résultats rapide
Si les Américains, et surtout les électeurs républicains, s’inquiètent pour les pertes humaines de cette guerre, ils craignent aussi de la hausse des prix. Selon le sondage mené par l’Ipsos, 45% des personnes interrogées seraient moins enclines à soutenir l’intervention contre l’Iran si les prix du gaz ou du pétrole augmentaient aux États-Unis.
Pour les observateurs, le pari de Donald Trump et la meilleure manière pour lui de s’en sortir avec le moins d’égratignures consiste à obtenir des résultats rapides et que la guerre cesse rapidement. Pour l’heure, il conserve le soutien de la plupart de ses soutiens et des cadres de son parti.
De leur côté, les démocrates ont eux condamné une attaque illégale, car déclenchée sans autorisation préalable du Congrès, seul organe habilité à déclarer la guerre. Une loi de 1973 permet toutefois au président de lancer une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d’urgence en cas d’attaque contre les États-Unis. En vue des élections de mi-mandat, l’objectif des démocrates est de “faire de la crise iranienne le symbole d’une présidence imprudente et d’un contournement des procédures constitutionnelles, afin de mobiliser un électorat inquiet d’un retour à des guerres longues et coûteuses au Moyen-Orient”, conclut Frédérique Sandretto.
Source: bfmtv
Dossier : Guerre en Iran et au Moyen-Orient
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